Avec Prospection, Fred Ballin signe sa première sculpture, matrice de ce qui deviendra son langage tridimensionnel. L’artiste y confronte la terre et le feu, le métal et le bois, dans une verticalité sobre et puissante. Le fût de bois calciné, encore marqué par la brûlure, s’élève sur un socle brut comme une colonne géologique. Les coulures dorées, cuivrées et argentées représentent les veines de minerai qui traversent les profondeurs terrestres — or, cuivre, argent — ces richesses que l’homme arrache à la nature au prix de ses cicatrices.
Le bois noir, scarifié par la combustion, devient ainsi la mémoire visible des blessures infligées à la terre. Sur sa surface, les métaux ruissellent comme des filons de lumière, contrastant avec la densité sombre du support. Cette alliance de rudesse et de brillance donne naissance à une oeuvre à la fois tellurique et spirituelle : un fragment de monde arraché à la croûte terrestre et élevé à la dignité du symbole. Prospection s’impose comme une stèle contemporaine, entre vestige archéologique et promesse d’avenir.
Dans Prospection, Fred Ballin transforme la trace du feu en langage, la blessure du bois en révélation. L’oeuvre agit comme une carte du monde inversée : les filons lumineux évoquent à la fois la richesse convoitée et la plaie ouverte, les circuits vitaux de la terre autant que son épuisement Le geste de l’artiste — brûler, creuser, polir, incruster — rappelle celui du prospecteur, mais ici la quête n’est pas matérielle : elle est spirituelle.
Là où l’industrie extrait, Fred Ballin révèle. Là où la prospection détruit, il répare par la forme et la lumière. L’oeuvre devient un manifeste silencieux : un hommage à la terre, à sa beauté blessée, et à la possibilité de transformer la trace de la destruction en chant poétique de régénération. En cela, Prospection n’est pas seulement une première sculpture — elle est une genèse, celle d’un artiste qui fait de chaque cicatrice un commencement.






