Avec La Chute n°1, Fred Ballin compose une œuvre d’une grande intensité symbolique, à la fois sculpture et totem, ancrée dans la dualité entre effondrement et redressement. Réalisée sur une planche de bois brûlé selon la technique du Shou Sugi Ban, la pièce conserve la géométrie brute de son matériau d’origine : aucune surface n’a été retravaillée. L’artiste a choisi de composer avec les angles naturels, laissant la matière imposer sa vérité.
Les perforations traversantes invitent le regard à dépasser la façade, à sonder l’invisible : elles symbolisent l’appel à voir au-delà des apparences, à chercher « l’être intérieur » ou les pensées cachées de l’autre. Sur cette peau marquée, Fred Ballin déploie un langage pictural sobre : quelques lignes de couleur – rouges, blanches, bleues, violettes – glissent le long des nervures du bois comme des flux vitaux, soulignant les carbonations sans les masquer.
Le socle, abondamment verni, offre une surface lisse et réfléchissante. Il agit comme un miroir, projetant la lumière sur le totem au lieu de l’absorber. Cette lumière renvoyée confère à l’ensemble une dimension presque mystique : le feu, la matière et la clarté dialoguent dans une harmonie fragile.
L’œuvre se dresse ainsi comme une présence verticale, tendue entre la terre et le ciel, entre la chute annoncée et l’élévation obstinée. Elle respire, elle résiste, elle se souvient.
La Chute n°1 incarne la dialectique fondamentale de l’art de Fred Ballin : faire dialoguer destruction et renaissance, gravité et lumière. Le titre, apparemment tragique, cache une lecture plus profonde : la chute n’est pas la fin, mais une étape du cycle vital, un passage nécessaire vers la transformation.
Le bois brûlé, matériau éprouvé, devient ici une métaphore de l’expérience humaine : traversé, fissuré, mais debout. Les perforations forment des passages, les couleurs des veines. Le rouge palpite comme un sang intérieur ; le bleu ouvre une dimension spirituelle, presque céleste ; le blanc cicatrise, éclaire, répare.
Le totem incarne cette tension entre le visible et l’invisible, le poids de la matière et l’appel de l’esprit. En refusant tout effet décoratif, Fred Ballin atteint une forme d’épure où la vérité du matériau devient la vérité de l’homme.
La Chute n°1 est une œuvre à la fois charnelle et méditative. Elle nous parle de la fragilité de nos fondations, mais aussi de notre capacité à refléter la lumière, même lorsque tout semble consumé. Dans cette verticalité blessée, Fred Ballin offre un symbole de résilience — un bois debout face au feu, un être debout face au temps.













