Avec Philosophal Alambic, Fred Ballin pousse encore plus loin son exploration des correspondances entre matière brute et imaginaire alchimique. La sculpture associe deux blocs de bois brûlé – l’un strié en spirale et incrusté de coulures dorées, l’autre marqué de fractures blanches rappelant le kintsugi – à une structure complexe de tuyaux de cuivre soudés. Le contraste entre la verticalité des blocs et le réseau géométrique des tubes évoque à la fois un dispositif scientifique, un orgue mécanique et une architecture spirituelle.
Le bois calciné, avec ses cicatrices dorées ou argentées, incarne la mémoire, la matière transformée par le feu. Le cuivre, conducteur d’énergie et de flux, devient métaphore du passage, de la circulation invisible. Ensemble, ces éléments produisent une tension entre le tellurique et la mécanique, entre archaïque et contemporain. L’œuvre semble être un instrument imaginaire : un laboratoire poétique où s’opère la transmutation des matières et des énergies.
Philosophal Alambic illustre l’approche hybride et expérimentale de Fred Ballin. Ici, la sculpture n’est pas seulement un objet plastique mais un dispositif symbolique, convoquant l’alchimie, la science et la spiritualité. Le cuivre des canalisations, patiné par le feu, dialogue avec le noir profond du bois brûlé, traversé de failles lumineuses. Cette rencontre des matériaux raconte l’histoire de l’homme aux prises avec la matière : celle qui résiste, qui se brise, mais qui peut aussi se régénérer et se transcender.
La pièce renvoie à l’idée d’un creuset où tout se transforme : le plomb en or, la douleur en énergie, la matière brute en signe poétique. Fred Ballin fait de l’alchimie une métaphore contemporaine : celle d’un monde où recycler, détourner, réassembler devient un acte créateur. L’œuvre fascine par sa puissance symbolique autant que par son équilibre formel, et s’impose comme une sculpture-manifeste de son langage artistique.


















