Avec Pourquoi Pas, Fred Ballin signe une pièce à la croisée du geste artisanal et de la sculpture conceptuelle. Pensée à l’origine comme un prototype pour présenter des mignardises dans un restaurant gastronomique, l’œuvre fut jugée “trop brute” par le commanditaire — raison suffisante, pour l’artiste, pour la conserver en l’état. Ce refus devient ici une affirmation : Fred Ballin ne cherche pas la perfection lisse, mais la trace, la vie, l’accident.
Sur un socle de bois noirci par le feu, encore parcouru de ses veines calcinées, s’élèvent des tiges de cuivre désordonnées, soudées comme un bouquet métallique ou un réseau d’énergie. La surface du bois, marquée de plis et de stries, évoque une matière vivante figée dans sa transformation. Le cuivre, oxydé par endroits, introduit des reflets chauds et organiques, comme des lueurs de résistance dans la rigueur industrielle.
Sous cette masse vibrante, une structure de tubes géométriques soutient l’ensemble, créant un contraste entre ordre mécanique et spontanéité organique. Ce dialogue constant entre rigueur et chaos, contrainte et liberté, traverse toute la pièce.
Le titre, Pourquoi Pas, agit comme une question ouverte — ou une provocation douce : pourquoi pas cette forme, ce matériau, ce détournement ? Pourquoi pas admettre l’imperfection comme langage ?
Pourquoi Pas condense à lui seul la démarche de Fred Ballin : expérimenter sans calcul, créer à partir du rebut, faire du geste un acte de vérité. Le bois brûlé garde ici la mémoire du feu, celle du travail manuel, de la matière éprouvée. Le cuivre, tordu et dressé, incarne la vitalité, le mouvement, la pulsation du vivant. Ensemble, ils forment une œuvre paradoxale — à la fois stable et explosive, utilitaire et poétique, architecturée et instinctive.
L’œuvre évoque la frontière poreuse entre art et artisanat, entre objet et sculpture, entre fonction et expression. Ce qui devait servir devient symbole : symbole de la résistance à la norme, de la fidélité à une esthétique de la trace, de l’humain inscrit dans la matière. En gardant cette pièce, Fred Ballin a gardé un manifeste : “Je ne fais pas plus net. Je fais vivant.” Et c’est peut-être là que réside toute la force de Pourquoi Pas — dans ce refus du poli, dans cette fidélité à l’empreinte du geste, dans cette liberté revendiquée face à la perfection stérile.












