Avec Transcendance, Fred Ballin offre une pièce charnière de son œuvre, à la croisée du spirituel et du charnel. Tout est né d’une rencontre : une tranche de tronc de cerisier aperçue chez un ami basque, à Boucau. Dans cette forme brute, l’artiste perçoit immédiatement un buste féminin, à la fois fragment et présence. Le bois, brûlé selon sa technique de prédilection, devient la matrice d’une métamorphose : de son cœur jaillissent des rayonnements de lumière, comme autant d’émanations spirituelles. Ces lignes rayonnantes, issues du centre, rappellent la centralité de la femme, source d’énergie vitale et d’équilibre.
Les matériaux employés — bois calciné, cadres recyclés, pigments, étain, cuivre — prolongent cette dualité entre destruction et création. Les points d’intersection entre les lignes dorées symbolisent l’entrelacement du corps et de l’âme, ces deux forces complémentaires sans lesquelles aucune existence ne peut s’accomplir.
La composition, à la fois cubiste et organique, oscille entre géométrie structurée et souffle intuitif. Le bois, scarifié, devient chair ; le feu, respiration ; les rayons, une prière figée dans la matière. Transcendance marque une étape décisive dans la démarche de Fred Ballin : celle d’un artiste qui ne se contente plus de transformer la matière, mais cherche à y insuffler une présence.
Le buste de femme, suggéré par la forme du tronc, devient le symbole d’une humanité en fusion — entre force et vulnérabilité, entre matière terrestre et essence spirituelle. Les rayonnements peints, dorés ou argentés, structurent la surface comme une architecture sacrée : ils traduisent le passage de l’énergie intérieure vers l’espace environnant, la projection de l’âme hors du corps.
La dimension cubiste du visage, façonné à partir de chutes de cadres, ancre l’œuvre dans une esthétique de la reconstruction : ce qui est fragmenté devient unité, ce qui est rejeté devient fondement. À travers cette pièce, Fred Ballin célèbre la féminité comme force génératrice — non pas objet de contemplation, mais principe de rayonnement universel.
Dans son équilibre entre bois brûlé et or lumineux, entre noir mat et éclats métalliques, Transcendance se présente comme une œuvre-révélation, un dialogue entre feu et souffle, entre matière et lumière. C’est une pièce de passage, au sens initiatique du terme : un espace où l’art rejoint la métaphysique, où la main de l’artiste devient médium d’une énergie plus grande.











