Avec Tac, Fred Ballin détourne un objet trivial — un bassin de lit en tôle emaillé — en une horloge poétique et ironique. Le support, usé par le temps et marqué par les aspérités, devient le cadran d’un temps réinventé. Les aiguilles dorées se déplacent sur une surface martelée, ponctuée de motifs peints en rouge et violet qui suivent des trajectoires presque cosmiques, comme des constellations pointillées. Un sceau rouge vient sceller la pièce en bas, évoquant à la fois une signature et une énigme symbolique.
L’oeuvre joue sur l’ambiguïté : la précision mécanique des aiguilles s’oppose à l’irrégularité du support, déformé et imparfait. Le temps, mesuré et maîtrisé, se confronte au temps vécu, cabossé, imprévisible.
Tac relève d’un humour discret et d’une profondeur métaphorique. En réutilisant un ustensile ménager, Fred Ballin brouille les frontières entre l’art noble et l’objet quotidien. Mais derrière ce geste de recyclage assumé, il interroge notre rapport au temps : peut-on le contenir dans un cadran parfait, ou doit-on accepter sa matérialité rugueuse, ses détours et ses failles ?
La pièce s’inscrit dans la veine dadaïste et surréaliste — on pense aux montres molles de Dalí — mais elle en propose une version plus brute, moins onirique, plus frontale. Le sceau rouge renforce l’idée d’un temps scellé, irrévocable, comme si chaque seconde était déjà gravée.





