Avec Souvenir d’atelier, Fred Ballin transforme le lieu même de la création en matière artistique.
L’oeuvre naît littéralement de l’atelier : les équerres d’acier, cages de roulement, chaînes et autres fragments techniques deviennent des outils de masquage, de combustion et de structuration. Le bois brûlé, marqué par ces empreintes industrielles, conserve les traces du geste et du hasard. Les chaînes, utilisées comme pochoirs, laissent sur la surface des motifs irréguliers, tandis que les clous, vis et fibres optiques viennent ponctuer la composition de points lumineux et de tensions matérielles.
Chaque clou, chaque vis, raconte un accroc, une résistance, une improvisation — autant d’échos aux aléas du bricolage et aux imprévus du processus créatif. Mais, à travers ce chaos apparent, un fil conducteur émerge : celui de la persévérance, du geste répété, de la quête d’équilibre entre maîtrise et spontanéité.
Visuellement, l’oeuvre combine l’énergie brute du matériau avec la précision presque architecturale des structures géométriques. Les pigments projetés à la bombe, les reliefs métalliques et les zones vernies construisent un paysage industriel poétique, à mi-chemin entre plan d’ingénierie et toile abstraite. L’ensemble vibre d’une lumière interne, portée par les câbles de fibre optique, comme si la pièce était traversée par une circulation invisible.
⸻Souvenir d’atelier agit comme une autobiographie plastique : un autoportrait sans visage, mais saturé de gestes, d’outils et de matières. Fred Ballin y abolit les frontières entre l’objet utilitaire et l’objet artistique, entre l’accident et l’intention. Ce qui naît du travail manuel — le déchet, le fragment, le clou, la trace — devient ici symbole de création et de mémoire.
L’oeuvre évoque à la fois la table de l’artisan, l’espace mental du créateur et le laboratoire de l’expérimentateur. Les fils tendus et les éléments métalliques fonctionnent comme des connexions neuronales, des liens entre passé et présent, réflexion et impulsion.
Sous ses allures de chaos organisé, Souvenir d’atelier révèle une structure intime, celle d’un esprit en mouvement constant, où chaque erreur devient trace, chaque trace devient matière.
Là réside toute la force de l’artiste : faire dialoguer le geste instinctif et la pensée constructrice, le concret et le symbolique, le bricolage et la révélation.
Ce tableau n’est pas seulement un hommage à l’atelier — il est l’atelier devenu oeuvre, la mémoire du travail transfigurée en langage visuel.
Dans cet espace de tension et de liberté, Fred Ballin célèbre l’imperfection comme source d’énergie, et la création comme un acte profondément humain, à la fois mécanique et spirituel.










