Avec Patriote, Fred Ballin s’empare de l’histoire et de l’identité collective pour les inscrire dans la matière brûlée et fragmentée de son art. La composition, structurée autour des trois couleurs bleu, blanc et rouge, évoque immédiatement le drapeau français. Mais loin d’un symbole figé, l’artiste le réinvente à travers ses techniques hybrides : bois calciné, coulures de pigments, incrustations métalliques et fragments en relief.
Les fissures noires striant la surface rappellent les fractures de la mémoire, tandis que les éclats d’aluminium et les torsades de cuivre viennent coudre les brisures. Au centre, un sceau rouge, gravé comme une empreinte intemporelle, scelle l’oeuvre dans une dimension presque institutionnelle. Les couleurs nationales se trouvent alors transfigurées : elles vibrent, elles respirent, elles se fissurent comme la matière vivante d’une identité toujours en mutation.
Patriote dépasse l’image attendue du drapeau pour en révéler la complexité et les paradoxes. Ici, la patrie n’est pas une abstraction lisse : c’est une matière traversée par les cicatrices, les tensions, les reconstructions. Loin du pathos ou du nationalisme figé, Fred Ballin interroge ce qui fait lien, ce qui se brise et ce qui se répare.
L’ironie de l’artiste, parlant de « drapeau des fromages qui puent », ajoute une note caustique et décalée. Elle rappelle que l’identité se nourrit aussi de culture populaire, d’humour et de clichés assumés. Entre gravité et dérision, Patriote propose une vision profondément humaine, où la fierté se conjugue avec l’autodérision







