Avec Luxure, Fred Ballin explore la tension entre l’apparence et la profondeur, entre le paraître et l’être. Inspiré par son attrait pour le style rococo, l’artiste s’amuse ici à détourner son langage décoratif pour en révéler la vanité.
Le tableau, volontairement sobre et de petit format, devient le coeur vibrant d’un dispositif plus vaste : un cadre massif et baroque, doré à l’excès, pensé comme une mise en scène du superflu. Ce contraste structurel incarne l’idée centrale de l’oeuvre : celle d’une société obsédée par l’éclat extérieur, qui érige le paraître au-dessus du lien, de la profondeur ou de la vérité sensible.
Le bois brûlé, travaillé en surface et en profondeur, déploie un réseau de striures dorées, cuivrées et argentées. Ces filaments rappellent à la fois un système nerveux et une cartographie du désir, comme si la matière elle-même devenait pulsation. Quelques éclats d’étain figé percent la surface, créant des tensions, des ruptures, des jaillissements d’énergie. La sobriété du format contraste avec l’intensité du geste, donnant à l’ensemble une présence à la fois contenue et incandescente.
⸻Luxure agit comme un miroir ironique de notre époque. Derrière la beauté du cadre, derrière la patine de l’or, Fred Ballin dresse une critique subtile de la superficialité contemporaine.
Le cadre, disproportionné, symbolise cette emphase du paraître — cette manière de survaloriser la forme au détriment du fond. Le tableau, plus discret, plus contenu, devient quant à lui le lieu du vrai, celui où s’exprime la tension intime du vivant.
Par sa composition et son symbolisme, l’oeuvre traduit une métaphysique du désir : les réseaux dorés incarnent la circulation de l’énergie vitale, tandis que les éclats métalliques matérialisent l’excès, la démesure, la chute. Le contraste entre le raffinement rococo et la rugosité du bois brûlé produit une alchimie puissante : la sensualité devient matière, et la matière, confession.
Fred Ballin parvient ainsi à transformer un objet baroque en question contemporaine : jusqu’où le cadre de nos vies — social, esthétique, moral — enferme-t-il notre liberté intérieure ?
Sous le vernis du beau, Luxure dévoile la faille, la brûlure, la vérité. Une oeuvre qui brille, certes, mais d’une lumière inquiète — celle d’un monde qui, à force d’aimer son reflet, risque d’en oublier son âme.











