Avec Colours, Fred Ballin radicalise son exploration du bois brûlé comme matrice expressive. Ici, le noir profond, strié et scarifié par le feu, devient l’écrin d’une effervescence chromatique. Sur cette surface rugueuse et sombre, des coulées fluorescentes — vert acide, orange incandescent, rouge carmin, blanc perlé — se déploient en réseaux nerveux. Elles évoquent à la fois des circuits énergétiques, des constellations en mouvement et des partitions sonores.
L’oeuvre se structure en lignes parallèles et obliques, créant un rythme visuel proche d’une pulsation. Chaque coulée, chaque relief, porte la mémoire du geste et de la matière. Le bois, brûlé et cicatrisé, accueille ces incrustations comme un organisme traversé par des flux vitaux. Les couches de peinture s’empilent, se croisent, et génèrent une vibration continue, presque hypnotique. La couleur n’est pas décorative, elle surgit comme une décharge, un jaillissement, une force brute.
Colours se distingue par sa densité explosive. Là où d’autres pièces de Fred Ballin orchestrent une géométrie maîtrisée, celle-ci s’assume comme une déflagration visuelle. On pense à l’héritage de l’action painting, à la gestualité d’un Pollock, mais transposé dans un langage singulier où la matière brûlée devient le socle du chaos.
Cette oeuvre interpelle par sa profusion volontaire : elle frôle l’excès, mais c’est précisément dans cette saturation que réside sa puissance. La couleur déborde, déborde toujours, refusant le silence. Colours impose au spectateur une immersion immédiate, une confrontation directe avec l’énergie picturale. C’est une oeuvre manifeste, qui fait de la couleur une entité vivante, autonome, presque indomptable.
Elle peut déconcerter ceux qui cherchent une harmonie apaisée : ici, tout est tension, électricité, vibration. Mais cette intensité correspond à l’essence même de la démarche de Fred Ballin : transformer la matière brute en langage, provoquer une présence plus qu’une image, faire sentir au spectateur qu’il est devant une énergie incarnée.







